Nous étions à dîner, le 3 juillet au soir, dans notre petit jardin, quand nous entendîmes à quelques pas de nous des coups de feu, des clameurs et la Marseillaise. C’étaient les grenadiers, casernés près de notre maison, qui se mutinaient et marchaient sur le palais de la Tauride où siège le Comité exécutif du soviet des délégués ouvriers et sol- dats. L’émeute commençait. Peu à peu, les tramways s’arrêtèrent, les bruits de la ville cessèrent et un grand silence tomba sur Petrograd, silence lugubre, précurseur de la tempête. On vint nous dire que les soldats devaient piller les banques et massacrer les capitalistes.
Maurice Verstraete (1866-1955) a été consul général de France et adminis- trateur délégué de la Banque du Nord à Saint-Petersbourg—Petrograd. Il est par- venu à se sauver in extremis de Russie par la Finlande à la fin de l’été 1918.
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